“Les réverbères jusqu’aux étoiles” de Bertrand Peillard

Intro de l’auteur :

« J’ai maintenant la certitude absolue que Dieu pardonne à ses brebis les plus galeuses. Je sais que parmi celles-ci, je fus l’un des plus abominables, sans doute la plus dévoyée. Peu m’importe, le royaume des cieux n’incarne-t-il pas une terre d’asile et de paix où s’absolvent tous les péchés et tous les crimes ?
Bien trop vieux, bien trop décrépit désormais pour me permettre de choisir une proie et la zigouiller selon ma fantaisie. Je crois que mes muscles ont abandonné la bataille. Cette énergie qui les anima avec tant de splendeur durant près d’un siècle se sublima un jour en un gaz aujourd’hui inaccessible.
Par chance, mon esprit, bien que plus lent que jadis, du haut de ses quatre-vingt sept années, brille toujours d’un éclat diabolique. Limpidité qui parfois me fait sourire et m’emplit d’un bonheur exagéré. »

Avez-vous le cœur bien accroché?

Résumé :

Arthur Douve est à l’orée de ses 87 printemps. Il réside dans un petit appartement dans lequel il se meut avec de moins en moins de facilité à cause de son grand âge et d’un AVC récent. Il ne reçoit la visite que de deux personnes : Mme Pernaque, une voisine un peu âgée, désireuse de rendre service, lui apporte son journal et quelques courses régulièrement ; et Noémie, une jeune étudiante engagée pour faire son ménage quelques heures par semaine.

Ce que tout le monde ignore, c’est que ce grand-père — de prime abord au-dessus de tout soupçon — est un tueur en série qui n’a jamais été arrêté. Devenu grabataire, il n’a d’autres hobbies que le dessin et l’écriture. Il utilise les crayons pour dessiner de mémoire toutes ses victimes, des femmes, dans leurs positions mortuaires. Il utilise le stylo pour écrire son Journal Intime et relater l’ensemble de sa vie…

Mon avis :

En lisant « Des réverbères jusqu’aux étoiles », on risque de se méfier de ses voisins…

Un Journal intime glaçant. Peu ordinaire, c’est celui d’un tueur en série qui peut se targuer d’avoir passé sa vie à se délecter de ses crimes sans jamais avoir été soupçonné. Les pages s’égrènent sans la moindre once de remord et explorent toutes les sensations de son auteur avec une farouche et triviale précision.

Un psychopathe dont on prend la mesure du dérangement psychique à l’orée de son adolescence lorsque survient le premier crime, qu’il n’a pas directement commis mais qu’il a parfaitement orchestré. Frissons garantis !

Le Journal de ses actes, rédigé à la première personne, nous oblige à nous glisser malgré nous dans la tête d’Arthur Douve qui se voit comme un perfectionniste dans l’art d’ôter la vie. Il parviendrait même à nous « toucher » par certains côtés, au fil des pages, par exemple quand il se tourne lui-même en dérision. Mais dites-donc, il faut ouvrir les yeux là, l’esprit de cet homme nous entraine dans la mouvance de ses crimes ! Et ils sont particulièrement atroces, bien que jamais sanglants, car Arthur Douve tourne de l’œil à la vue du sang.

Alors qu’il nous parle de son passé dans son Journal avec des précisions diaboliques, l’histoire se déroule dans le présent où ce vieillard continue sa vie dans un petit appartement tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Il nous semble physiquement inoffensif, diminué, mais il conserve en lui toute l’énergie qui pourrait le conduire à livrer de nouveaux scénarios macabres. Il suffirait d’une étincelle, comme à chaque fois… Et cette ambivalence nous accompagne tout au long du livre… Mais je ne révélerai pas rien du dénouement bien entendu…  

J’ai beaucoup aimé ce livre pour le style. Bertrand Peillard cisèle merveilleusement bien la psychologie de ses personnages avec moult détails, leur donnant une formidable envergure. Arthur Douve est un acteur principal « décortiqué » de main de maître, proche de la perfection, tout comme les autres personnages, comme Noémie notamment, la jeune étudiante qui vient faire le ménage quelques heures par semaines et qui émeut profondément le psychopathe.

Notre belle langue française peut être rassurée avec la plume de Bertrand Peillard. Un amoureux des mots — à n’en pas douter — qui nous offre un sujet mortel avec un lyrisme effréné qui ne peut laisser indifférent.

Je vous conseille vivement d’oser rencontrer Arthur Douve, il saura vous concocter une petite place dans sa mémoire… J’espère toutefois qu’il ne lui prendra pas l’envie de vouloir vous immortaliser sur sa feuille de papier Canson, car cela signifierait que… enfin, si vous êtes une femme…

Quant à savoir pourquoi ce titre… vous le saurez si vous lisez ce livre…

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