“Mes amis ne savent pas lire” par Benoît Toccacieli

Extrait :

«  Les cloches résonnent encore du dernier coup de dix-huit heures.

Comme tous les soirs, Jean-Philippe arrive devant le long mur de pierre. Il le suit sur une dizaine de mètres, se retrouve face à une grande grille en fer forgé. Le temps est radieux pour une soirée de fin d’été. Les rayons de soleil s’infiltrent entre les barreaux, réchauffant délicatement chaque petite parcelle de peau découverte sur leur chemin. Jean-Philippe ferme les yeux, pour mieux savourer l’instant. Il prend une profonde inspiration. Une légère brise souffle dans son dos et entraîne quelques feuilles mortes dans une élégante danse autour de lui… »

                                              … Qu’est-ce qui se cache derrière cette grille …

Résumé :

Jean-Philippe est écrivain, il a besoin de calme pour écrire et choisit un petit village de campagne. Il emménage dans un deux-pièces que l’ancien locataire a quitté en y laissant ses affaires personnelles et sa bibliothèque remplie de livres. Il se plonge dans l’univers littéraire de l’ancien occupant, mais ne parvient pas à écrire une ligne.

Jean-Philippe est un solitaire qui aime se retrouver dans le cimetière du village de Beaumont pour « lire » des livres à ses « occupants » tous les soirs. Il est bègue. Pourtant, dès qu’il lit, sa voix est fluide. Ce handicap l’oblige à rester sur ses gardes lorsque Maud l’aborde un jour dans une librairie alors qu’il cherche un nouvel ouvrage à lire à ses « amis ». Une amitié naît entre eux,  attisée par une même passion des livres. Il n’ose évoquer l’amour car il en a peur.

Un jour, il apprend que le cimetière va bientôt être déplacé. Il en est catastrophé à cause des liens qu’il a tissés avec ses occupants. Il décide alors de retrouver les familles pour en apprendre un peu plus sur leurs défunts auxquels il vient parler tous les soirs.

Mon avis :

C’est  un sujet un peu surprenant au début, mais qui, très vite, m’a amenée à me prendre d’affection pour Jean-Philippe, le conteur des cimetières. Sa solitude devient poignante et l’auteur parvient à nous attirer dans les méandres de sa conscience avec une certaine poésie. 

Dès lors, on se trouve transporté dans la vie de Jean-Philippe et ses recherches sur le passé des ces personnes qu’il ne connaît que par un nom et une date sur une pierre tombale. Sauver la mémoire de ces défunts avant qu’ils ne soient déplacés dans un autre lieu, plus impersonnel, semble être la raison qui le pousse à frapper à des portes sans savoir quel accueil lui sera réservé.  

Mais, peu à peu, on se demande quel est son véritable but ? En apprendre plus sur ces vies inconnues qu’il imagine et qui ne sont souvent pas le reflet de ce qu’elles ont été, ou le désir inconscient de repeupler sa propre solitude alors qu’il était un enfant rejeté à cause de son handicap? Une véritable introspection que l’on suit à chaque page et qui nous happe sans jamais nous étouffer.

Et pourquoi rejeter l’amour de Maud qui semble lui être acquis ? Peut-être que la vision de son précédent échec de couple le hante toujours ? Peut-être que l’histoire est plus complexe qu’il n’y paraît…

Jean-Philippe, dans la solitude de son deux-pièces, dévorant les livres de la bibliothèque de son prédécesseur, trouvera-t-il enfin l’inspiration ?

J’ai aimé ce livre pour sa poésie et pour ses questionnements sur les raisons qui font qu’un être se livre ou se réfugie dans la solitude par facilité ou pour échapper à son destin.

J’ai aimé ce livre aussi pour le fait que la différence ne fait pas un être différent, mais que la façon de le voir est erronée.

J’ai aimé ce livre pour son style très agréable. L’auteur et son personnage s’interrogent tout au long de ce récit et laissent planer, à la toute fin, une impression de surprise.

Mieux encore… une surprise à laquelle on aurait pu s’attendre, mais qui nous fauche finalement et se rie bien de nous…

Quelques infos :

Retrouver  Benoît Toccacieli sur : Facebook

Et son : Site internet


Ses ouvrages : 

“On n’abandonne pas un chien sur l’autoroute”
“Mes amis ne savent pas lire”
“L’évasion”

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